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L'eau potable d'environ 6 000 citoyens de Lac-Mégantic est à risque?


La Coalition des Victimes Collatérales (CVC) révèle que le tracé ferroviaire retenu menace non seulement les quelque 120 puits privés déjà identifiés « à risque », mais aussi les trois puits municipaux qui alimentent en eau potable environ 6 000 citoyens de Lac-Mégantic.

Ces trois puits municipaux de catégorie 1 puisent l’eau potable dans un aquifère situé près de la rivière Chaudière. Une analyse de vulnérabilité réalisée pour la Ville de Lac-Mégantic par la firme Laforest Nova Aqua (LNA, 2022 — ci-jointe) établie que les aires de protection de ces puits s’étendent sur les territoires de Lac-Mégantic, Frontenac, Nantes et Sainte-Cécile-de-Whitton. La superposition de cette analyse aux plans déposés au dossier de l’OTC pour la voie de contournement ferroviaire montre que le tracé choisi traverse en grande partie ces aires de protection, parfois en tranchée profonde dans des secteurs vulnérables.


Connu des autorités, déposé par un citoyen

Le rapport de LNA fait aujourd’hui partie du dossier décisionnel de l’OTC — mais ce n’est ni Transports Canada ni la Ville de Lac-Mégantic qui l’y ont versé. Réalisée pour la Ville en 2022, cette analyse était parfaitement connue des décideurs. Ni l’une ni l’autre n’a pourtant jugé utile de la transmettre à l’OTC, alors même que les experts mandatés par Transports Canada recommandaient explicitement d’en vérifier la teneur :« Afin d’évaluer le risque de contamination, il est recommandé de vérifier l’emplacement du tracé de la voie ferrée pour déterminer s’il se trouve dans les zones de protection des puits municipaux — Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection. »

— Englobe rapport d'hydrologie 2024, Annexe 2-7, p. 13


Malgré cette recommandation explicite, CPKC et Transports Canada n’ont déposé aucune évaluation spécifique démontrant que la construction et l’exploitation de la voie de contournement n’affecteront pas l’approvisionnement municipal en eau potable. C’est finalement un citoyen qui, dans le cadre des consultations publiques de l’OTC, a obtenu le rapport de LNA et l’a versé à son mémoire — un document daté du 30 janvier 2026, mais publié sur le site de l’OTC seulement le 1er juin 2026 :« Il suffit de constater les différents rayons de protection préconisés par la firme LNA dans son rapport public […] pour constater que le projet de voie de contournement est largement inclus dans ces aires. Or, ces aires sont à protéger, car la zone éloignée est de vulnérabilité moyenne. »


P. Dorion, mémoire déposé à l’OTC

La CVC pose une question simple : pourquoi les deux organismes qui ont le devoir de protéger la population — Transports Canada et la Ville de Lac-Mégantic — n’ont-ils pas eux-mêmes porté ce document à l’attention de l’OTC?


Ce que révèle la superposition des données

En croisant l’analyse de LNA (2022) avec les documents techniques du dossier de l’OTC, la CVC relève que :

• les trois puits municipaux desservent environ 6 000 personnes, pour un prélèvement autorisé de 6 192 m³/jour;

• une tranchée de plus d’un kilomètre, large de 43 mètres et profonde de 22 mètres sous la nappe, sera creusée à même l’aquifère, au cœur ou à proximité des aires de protection;

• des travaux de dynamitage seront également nécessaires à l’intérieur de la zone de protection, selon Transports Canada, ce qui fracture la roche et accroît d’autant plus le risque de contamination de l’aquifère;

• un pont d’environ 450 mètres (13 travées) franchira la rivière Chaudière sur des pieux enfoncés sur une vingtaine de mètres, sous le niveau de la rivière, dans les matériaux saturés liés à l’aquifère alimentant les puits municipaux (plans AECOM/CPKC, avril 2025);

• un pompage de rabattement estimé à 4 442 m³/jour sera nécessaire pendant la construction — l’équivalent de près de deux piscines olympiques ou la consommation de 15,000 personnes par jour - soit environ 72 % de la limite quotidienne autorisée pour le prélèvement de l’eau potable municipale;

• ce pompage abaissera la nappe phréatique jusqu’à environ 23 mètres dans certains secteurs;

• aucune investigation adéquate de la mince couche d’argile qui protège l’aquifère en aval du tracé, près des puits municipaux, n’a été réalisée par les promoteurs.

Face à ces éléments, les promoteurs se bornent à affirmer que ces rabattements « ne devraient pas compromettre » l’approvisionnement en eau potable. Pour la CVC, une telle affirmation ne remplace pas une évaluation rigoureuse, spécifique et transparente des risques.


Quant aux mesures d’atténuation proposées, elles relèvent surtout de la « surveillance » — détecter une baisse de quantité ou une contamination de l’eau après coup — plutôt que de la protection préventive. C’est précisément pourquoi les municipalités de Frontenac et de Lac-Mégantic ont rapporté que leurs assureurs jugeaient le plan de surveillance des puits et de l’eau potable « non assurable », en raison d’un risque jugé « certain ».


Des avis de travaux et des décharges inappropriés

Transports Canada a transmis à certains citoyens des avis de travaux ferroviaires que la CVC estime incomplets et non conformes à l’esprit de la Loi sur la sécurité ferroviaire : ils omettent des éléments de sécurité essentiels, notamment les risques à l’eau potable documentés au dossier de l’OTC.


Plus troublant, ces avis s’accompagnent d’une demande de signature de décharge — alors que l’OTC évalue toujours la raisonnabilité du tracé. Solliciter de telles renonciations sur la foi d’avis incomplets porte préjudice aux droits des citoyens.

La CVC invite la population à ne signer aucune décharge sans avis juridique indépendant. Les citoyens peuvent aussi s’opposer aux travaux, pour des raisons de santé et de sécurité, en transmettant leur opposition écrite au ministre des Transports avant le 15 juillet 2026.


Les demandes de la CVC

La CVC demande aux promoteurs :

• d’informer non seulement les citoyens contigus à la voie ferrée — les seuls à avoir reçu un avis de Transports Canada — mais tous ceux situés dans les rayons d’influence documentés du projet;

• de déposer une évaluation complète et spécifique des risques démontrant, données objectives à l’appui, que la construction, le rabattement de la nappe, le drainage, l’exploitation et les scénarios d’accident ou de déversement au-dessus de l’aquifère ne porteront pas atteinte à l’eau potable;

• de cesser de demander aux citoyens de signer des décharges tant que ces démonstrations ne sont pas faites et qu’une information complète et crédible est partagée aux citoyens.


Une question au ministre des Transports. La CVC demande au ministre des Transports, M. Steven MacKinnon — responsable de Transports Canada et du projet — d’expliquer publiquement pourquoi aucune évaluation spécifique des risques pour l’eau potable de 6 000 citoyens n’a été exigée avant que des décharges soient sollicitées auprès de la population. « On ne protège pas une source d’eau potable en la gaspillant sans gêne et en promettant de surveiller sa contamination après coup. Demander en plus aux citoyens de signer une décharge sur la foi d’avis incomplets, en attendant la décision de l’OTC, est tout simplement inacceptable. »


Voir rapports



Source: Yolande Boulanger, Kurt Lucas, Sylvain Côté

Co-fondateurs, Coalition des Victimes Collatérales (CVC)




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